Les grandes idées

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Pourquoi une « nouvelle hypnose » ?
Le grand public connaît essentiellement l’hypnose au travers des spectacles. Dans cette pratique la personne hypnotisée semble perdre le contrôle d’elle-même, plongée dans un sommeil particulier. Cette hypnose effraie et abîme l’image de l’hypnose médicale.
Or Milton Erickson s’est fait connaître par sa pratique innovante de l’hypnose : c’est ici l’inconscient de la personne qui va fournir les solutions, comme lorsque la nuit porte conseil.
Dans cette hypnose, un peu comme en sophrologie : on ne dort pas. On garde le contrôle de soi-même. Néanmoins on se découvre des ressources formidables. En effet nous n’utilisons qu’une petite partie de notre cerveau, et l’hypnose nous apprend à puiser dans ce vaste inconscient nos propres ressources.
Le rôle de l’hypnotiseur est de vous guider dans l’apprentissage de l’hypnose, puis de l’autohypnose. Il s’agit de trouver ensemble comment aller bien, plutôt que de disserter longuement sur les causes de nos problèmes.
L’hypnose moderne se mets dans le sillon des phénomènes naturels, comme la rêverie de tous les jours. Qui n’a pas déjà eu la sensation de conduire sa voiture en pilotage automatique, dans une sorte d’état second ? Et pourtant on arrive à destination sans dégât et en ayant eu les bons réflexes : notre inconscient veille sur nous.
C’est cette simple rêverie quotidienne que nous allons apprendre à amplifier et qui va faire apparaître de nouvelles possibilités.
Cette hypnose n’a plus grand chose à voir avec l’hypnose du siècle dernier.

Les grandes idées de Milton H. Erickson

Tous les thérapeutes qui ont bien voulu se remettre en question pour regarder de près ce qu’a fait Milton Erickson n’ont pas été déçus. Erickson a opéré ce que l’on peut appeler un recadrage, comme il en existe périodiquement en matière scientifique. L’approche psychothérapique d’Erickson, étonnamment brève et efficace, bien qu’elle ait eu pour origine une pratique de l’hypnose, ne ressemble pas plus à l’hypnose traditionnelle qu’elle ne ressemble aux autres formes de psychothérapies. La simplicité de l’approche éricksonienne peut dérouter. Il serait toutefois présomptueux de la juger hâtivement. Les subtilités psychologiques qu’elle suppose ne peuvent se laisser enfermer dans un texte de quelques pages. Nous devrons nous contenter ici d’en dégager les grandes lignes.

Milton H. Erickson

Erickson (1901 – 1980), psychiatre américain, avait par ailleurs une formation en psychologie. Ayant souffert de poliomyélite, son handicap lui a fait découvrir comment faire appel à toutes ses ressources. Son approche est issue d’une longue pratique plus que d’une élaboration théorique. Actuellement, Milton Erickson présente le paradoxe de se situer au carrefour des différentes approches existant en psychothérapie. Comme Freud, il s’intéresse aux symboles, et il va plus loin puisqu’il utilise le mode métaphorique pour communiquer avec ses patients. Comme les comportementalistes, il conçoit son action en termes d’apprentissage et de désapprentissage. Comme les représentants du courant humaniste, il fait confiance au pouvoir de développement du potentiel humain. Les représentants des thérapies systémiques et les adeptes des approches paradoxales le considèrent comme leur précurseur et les membres du Mental Research Institut de Palo Alto reconnaissent volontiers tout ce qu’ils lui doivent.

Le langage éricksonien

Contrairement aux usages de la psychologie contemporaine, le langage d’Erickson est extrêmement clair. Le sens qu’il donne aux mots qu’il emploie est le plus simple possible. Nous en verrons un exemple avec le mot Inconscient. Cette simplicité du langage d’Erickson, qui devient par le fait même un dénominateur commun entre les différentes écoles psychologiques, a une raison d’être plus profonde. Le langage utilisé doit être compris par le patient, et, en fait, ce doit être le langage du patient. Disons dès maintenant que la thérapie éricksonienne n’est pas le fait du thérapeute, comme c’est le cas dans l’approche comportementale ; elle n’est pas fondée sur l’analyse de ce qui se passe entre le patient et le thérapeute, comme dans la psychanalyse. La psychothérapie est faite par le patient lui-même, le thérapeute fournissant au patient la possibilité et le contexte pour le faire.

Les hypothèses éricksoniennes

L’hypothèse humaniste qui sous-tend le travail d’Erickson est que la nature fait mieux que nous, et qu’il serait présomptueux de vouloir corriger les avatars psychologiques que nous constatons parfois. Il est par contre raisonnable d’aider le développement et l’intégration personnelle. Il y a en nous des mécanismes qui travaillent en permanence à notre équilibre, et que nous pouvons faciliter. Erickson ne pense pas que le fait d’en connaitre l’origine puise modifier les comportements dont nous voulons nous débarrasser. Par contre, il va tenter d’obtenir un changement dans le comportement du sujet, même minime, faisant confiance à l’organisme pour restructurer l’ensemble de façon plus satisfaisante.

Il considère que l’hypnose représente un état privilégié de fonctionnement dans lequel le sujet aura la possibilité de se restructurer lui-même de façon satisfaisante.

Le rôle du thérapeute sera d’enseigner au sujet à fonctionner à un niveau inconscient, c’est-à-dire en hypnose. Dans certaines psychothérapies éricksoniennes, l’hypnose n’apparaît plus. Erickson se contente alors d’utiliser les mécanismes psychologiques qu’il a découverts grâce à sa pratique de l’hypnose, et en particulier le langage à plusieurs niveaux (que nous ne développeront pas ici). Dans tous les cas, il fait confiance à l’Inconscient du sujet pour effectuer les remaniements psychologiques utiles, que le thérapeute ne connaît pas, et bien entendu que le sujet ne connaît pas non plus. Les mots du thérapeute sont là pour aider le sujet à explorer les directions utiles.

L’Inconscient pour Erickson

La notion d’Inconscient pour Erickson est une notion de base, nécessaire pour comprendre sa conception de l’hypnose et pour comprendre ses conceptions psychothérapiques. La définition d’Erickson est très simple : est inconscient tout ce qui n’est pas conscient. Un synonyme de l’inconscient, qui laisse déjà présager de la nature de la thérapie éricksonienne, est que l’Inconscient est un  » réservoir de ressources « . Plus précisément c’est un  » réservoir de ressources actif  » qui travaille pour nous en permanence. Cet Inconscient nous protège. L’inconscient c’est l’ensemble des mécanismes qui réalisent notre synthèse personnelle. Le travail inconscient est à la base de notre individualité. Parmi les phénomènes inconscients, il y a des modes de fonctionnement qu’il est important de connaître pour pratiquer l’hypnose éricksonienne. La thérapie éricksonienne consistera à utiliser ces mécanismes pour permettre au sujet d’atteindre les buts et les idéaux qu’il se propose. L’hypnose est donc un mode de fonctionnement privilégié. Bien entendu, la façon de pratiquer l’hypnose, dont nous dirons quelques mots, très différentes de ce qu’elle était, est évocatrice de cette conception éricksonienne.

Conceptions pathologiques

Sur le plan nosologique, le langage d’Erickson est volontairement descriptif On peut schématiser ses conceptions pathologiques en disant que des troubles ou des symptômes apparaissent lorsque l’Inconscient n’a pas fait son travail, pour une raison ou une autre, qu’il ne nous est pas toujours possible de connaître. Parmi ces raisons il en est une qui paraît indiscutable : c’est l’interférence du mode de fonctionnement conscient dans les domaines où l’Inconscient fait mieux que nous. Une autre cause de troubles psychologiques provient des  » limitations acquises « . Nous avons tous en nous des limitations, datant de généralement de notre petite enfance, et qui sont pour nous des contraintes. Il y a par exemple des interdits provenant d’une éducation rigide ou des ordres que nous avons entendus pendant notre enfance qui continuent à nous hanter comme des suggestions post hypnotiques. Il y a des décisions que nous avons prises, plus ou moins consciemment à un certain âge et dans certains contextes. Ces îlots inadaptés que représentent ces limitations acquises sont pris dans des réseaux d’associations psychiques et notre volonté ne sert à rien pour nous en débarrasser. L’état d’hypnose, par la mise entre parenthèses qu’il représente, libère ses associations de sorte que de nouvelles organisations, plus intégrées vont pouvoir apparaître. L’exercice de la créativité suppose une rupture d’avec un mode de fonctionnement existant, sans quoi il n’y aurait que reproduction du passé. L’hypnose, c’est-à-dire le fonctionnement libéré de l’Inconscient sera à l’origine d’un renouveau de la créativité. Dans l’hypnothérapie éricksonienne, le thérapeute ne dira pas au sujet ce qu’il doit faire comme c’était le cas avec l’hypnose classique. C’est le sujet qui inventera de nouveaux comportements et qui trouvera des solutions grâce à la stimulation de sa créativité.

L’hypnose éricksonienne

Nous avons déjà dit que l’hypnose pour Erickson correspond à un mode de fonctionnement psychologique dans lequel le sujet se détache de son environnement pour fonctionner à un niveau inconscient. Dans cet état, le sujet n’obéit pas, mais il répond aux propositions du thérapeute. L’état d’hypnose ainsi conçu, loin d’être un état de réceptivité ou de suggestibilité, est un état de travail actif de la part du patient. C’est toujours une expérience personnelle différente d’un sujet à l’autre, et différent pour le même patient d’un jour à l’autre.

Il n’est pas possible de décrire rapidement la manière subtile dont Erickson pratique l’hypnose. Disons simplement qu’il n’existe plus d’induction ritualisée, ni de répétition de phrase comme si on voulait les faire entrer de force dans la tête de l’autre. Il s’agit d’une simple conversation au cours de laquelle le thérapeute parle et observe. Une approche indirecte et l’utilisation de  » moyens spécifiques de communication  » qui ont leur raison d’être dans la connaissance du fonctionnement inconscient, seront utilisées.

Le sujet répond par des comportements inconscients, de sorte que l’on pourrait parler de dialogue subliminaire « . Dans ce processus, le thérapeute explore avec le sujet des possibilités et des ressources qui vont se trouver actualisées. Il est remarquable qu’il ne soit ni nécessaire, ni souhaitable que le sujet prenne conscience du travail qui se passe en lui. Le sujet peut être étonné, en cours de route, de l’apparition de certains comportements involontaires (ces comportements involontaires sont par définition  » hypnotiques « ) qui sont pourtant de son fait, de même qu’il sera étonné des changements et des progrès qu’il va constater après la séance.

Dans l’hypnose éricksonienne, l’état somnambulique longtemps confondu avec l’état hypnotique, n’est pas nécessaire. Le sujet trouve de lui-même la profondeur de l’état qui lui convient. L’expérience hypnotique est simplement conçue comme un exercice dans lequel une personne en accompagne une autre.

La transe thérapeutique

L’état d’hypnose ainsi conduit va permettre l’intégration de nombreuses données, dont la somme réalise notre individualité, et en particulier les îlots non congruents dont la synthèse peut être difficile. L’état d’hypnose libère ces associations tenaces de sorte que de nouvelles organisations, plus intégrées vont pouvoir émerger.

L’exercice de la créativité qui résulte de cet état de fait permettra l’apparition de solutions tout à fait nouvelles. La cure consistera à laisser l’individualité venir et fleurir dans son génie particulier. Ce qui compte, c’est la relation entre le Conscient et l’Inconscient que la séance va faciliter. L’hypnose thérapeutique n’est donc pas une nouvelle technique pour programmer les patients. Dans l’expérience hypnotique les sujets vont recevoir quelque chose de l’intérieur d’eux-mêmes.

En résumé, l’hypnothérapie n’est rien d’autre qu’une facilitation d’un processus naturel d’évolution et de maturation psychologique. Le moment important de la séance va consister pour le thérapeute à mettre en route un certain nombre de processus. Bien que ces deux moments se chevauchent, on peut donc parler schématiquement de deux temps dans les interventions éricksonienne : l’entraînement du sujet pour obtenir un fonctionnement satisfaisant au niveau inconscient (c’est-à dire involontaire et  » hypnotique  » ), et le travail psychothérapique proprement dit. Dans cette seconde partie, les mots employés par le thérapeute vont évoquer des résonances, et mettre en œuvre des chaînes d’associations psychologiques.

C’est le sujet en définitive qui va reconnaître inconsciemment ce qui lui convient et qui va faire les choix fondamentaux en fonction de ses propres besoins.

Tout se passe comme si le thérapeute aidait le patient à mettre en route des programmes inconscients de recherche de solutions à des problèmes. Il s’agit, en fait, d’un processus d’apprentissage d’un type particulier. Ceci est l’opposé d’un préjugé qui consiste trop souvent à considérer l’état hypnotique comme fait de passivité et de régression, ou un état dans lequel le sujet est un automate sous le contrôle de l’opérateur.